Michel VALETTE-ROSSI - Psychologue Hypnothérapeute EMDR - Lyon - Addictologue - Psychologue hypnose - EMDR Lyon
Addictions

Étant spécialisé en Addictologie, dans cette partie, je vais évoquer brièvement  la question des addictions, encore appelées dépendances ainsi que les possibilités  de leur prise en charge.

Les addictions aujourd'hui

"Telle qu'elle nous est imposée, notre vie est trop lourde, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs.  Ils sont peut-être de trois espèces : d'abord de fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose, puis des satisfactions substitutives qui l'amoindrissent; enfin des stupéfiants qui nous y rendent insensibles. L'un ou l'autre de ces moyens nous est indispensable ." 

J'emprunte à FREUD ce passage, tiré de "Malaise dans la Civilisation". Loin de moi l'idée, vous l'aurez compris, de pousser à la consommation d'un quelconque produit ou de s'adonner à un comportement addictif !

FREUDicinous introduit d'emblée dans le domaine des nécessités existentielles, et nous permet ainsi de ne pas avoir cet arrière-fond moralisant plus ou moins avoué, plus ou moins explicite, qui est, que dans le fond, le "lien addictif", "c'est pas bien !" ou que "c'est mal, mais c'est de la pathologie !", propos implicitement moralisateurs, sortant parfois de la bouche même de certains soignants, dans la volonté affichée, pourtant, d'être neutres  ! 
En effet, il est encore, même si cela tend à s'atténuer avec le temps, avec l'arrivée de l'Addictologie, une conception  contemporaine qui est celle du déficit, qui voudrait qu'il y ait  une sorte d'intégrité du fonctionnement psychologique quand les gens vont bien et que quand ils vont mal, c’est qu'ils ont "quelque chose en moins", un peu sur le modèle de la pathologie médicale. 

C'est une conception complètement erronée ! En affaires psychiques, ça ne se passe pas du tout comme ça, car les conduites addictives, les troubles, les symptômes, que l'on peut constater en tant que clinicien, viennent pour tenter de trouver une solution, certes maladroite, certes coûteuse, certes pathologique, mais apparue à un moment donné comme la seule solution possible.

Ainsi, notre appareil psychique tente toujours de trouver des solutions qui sont les moins mauvaises possibles, compte tenu des circonstances pour faire son travail et s'adapter à la réalité, c'est-à-dire, faire en sorte que l'on se représente en tant que personne et de façon suffisamment solide et valorisée à ses propres yeux et aux yeux des autres ou encore arriver à faire face aux difficultés de la vie (pertes, deuils, désillusions, mauvais coups de la vie etc.).

Un peu d'histoire

C’est un terme du droit romain, qui  vient du Latin addictus, utilisé par le tribunal romain. Les romains donnaient le corps de leurs esclaves en monnaie d'échange.

Il est ainsi utilisé en France et en Europe occidentale jusqu' au Moyen Age dans un contexte juridique : il signifiait l'arrêt d'un juge autorisant un plaignant à disposer à son profit de la personne du débiteur défaillant pour payer sa dette. C’était donc une contrainte par corps et ce dernier était rendu quand les dettes avaient été remboursées.
C'était une forme d'esclavage. Il persiste encore de nos jours une forme mineure appelée la contrainte par corps.

Disparu de la langue française, il réapparaît dans la langue anglaise sous la forme du verbe « to addict » qui signifie s'adonner à…qui est un terme plus conceptuel et plus connoté d’activité que les termes de dépendance ou autre habitude, qui eux, sont davantage connotés de passivité.

Nous devons cette réintroduction à Paul Fenichel puis Joyce Mac Dougall, psychanalystes français, qui proposeront le concept d'addiction et l'utilisation du mot dans les années 80.  

Comment la définir aujourd'hui ? 

L’addiction, c’est la répétition  d’actes susceptibles de provoquer du plaisir mais marquée par la dépendance à une objet matériel, un produit (tabac, alcool, cocaïne, cannabis, etc.) ou à une situation recherchée, un comportement (la boulimie, le jeu, le sexe, le sport, le travail, Internet, etc.) et consommé avec avidité.

Elle se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit de ses conséquences négatives.

Nous avons tous, au sens large, des dépendances et nous nous construisons grâce à elles (son travail, son sport, ses enfants, sa voiture, son activité caritative, sa famille, son conjoint, sa conjointe, ses émissions télévisées, etc.)  mais pas tous des besoins compulsifs. L'addiction, elle,  est en quelque sorte une forme d'habitude pathologique qui envahit peu à peu la vie mentale et sociale d'un sujet et vient phagocyter les autres dépendances.

L'addiction renvoie  à un  état d'esclavage, à cause d'une lutte inégale de la personne dépendante avec une partie d'elle même (Joyce Mac Dougall), du coup, la question de l'addiction se pose quand une personne a plus ou moins perdu la liberté de s'abstenir de consommer un produit ou de s'adonner à un comportement (Fouquet). 

La prise en charge

La prise en charge varie d'un individu à l'autre,  selon son histoire, ses contraintes diverses,    la nature de la ou des dépendances ainsi que son impact sur sa vie physique, familiale, psychosociale et professionnelle. 

Arrêter de fumer

En ce qui concerne l'addiction au tabac, le tabagisme, pour lequel je suis plus particulièrement consulté, addiction qui tue le plus aujourd'hui (plus de 70 000 décès par an), elle est la seule qui soit "monoappartenante", c'est à dire qu'elle peut se suffire à elle même, et donc, ne pas être associée à d'autres. Néanmoins, par expérience, je puis dire que le tabac, quand la nature de sa dépendance est essentiellement  psychologique,  est indissociable de problématiques affectives au sens large, qui sont transversales à toutes les addictions, quelles qu'elles soient et dont vont souvent découler, par ailleurs, les questions de l'estime de soi, de la confiance en soi, et de l'affirmation de soi dont peut aussi découler la question de la gestion de ses émotions (colère, anxiété, peur, etc.).

Pour stopper l'addiction au tabac, en tant que Psychologue-Tabacologue, j'oriente sa prise en charge vers une approche éclectique, afin d'augmenter les chances d’un arrêt de la cigarette qui soit durable, même si en Addictologie, on "sait" bien que la rechute fait ou peut faire partie du processus thérapeutique, éventualité dont l’accompagnement au sevrage tient compte.

Ainsi, la dépendance étant de triple nature, il est nécessaire de déterminer la prédominance, s'il en est , de l'une ou de l'autre, à savoir : physique (nicotine en particulier), comportementale et psychologique afin  d'aborder les trois dimensions, avec une approche intégrative combinant, le cas échéant,  une substitution nicotinique, de l'Hypnose, laquelle peut-être associée à des mouvements alternatifs (EMDR, SAH, etc.), de la TCM/EFT, de la TCC, etc. 

Les autres addictions ( addictions au jeu, addiction au sexe, addiction à la pornographie, boulimie, addiction au cannabis, dépendance affective, addiction au travail, etc.)

En ce qui concerne les autres addictions, à des produits ou à des comportements, à la différence de la dépendance à la cigarette, possiblement "momoappartenante", elles sont souvent multiples.

Ainsi, les sujets dépendants à l’alcool y associent à 90% la cigarette, beaucoup de consommateurs de cannabis (haschich) fument du tabac et consomment fortement de l’alcool, les héroïnomanes, en plus de l’héroïne, utiliseront aussi l’alcool, le tabac, le cannabis, des anxiolytiques, on parle alors dans ce cas de polytoxicomanies.

Les joueurs de casino (addiction aux jeux),  souvent, fumeront et boiront et pourront également avoir des comportement "boulimiques". 

Les dépendants sexuels (sexualité compulsive/de décharge, multiplication de rencontres, pornographie), passeront beaucoup de temps sur internet, et sont susceptibles de consommer des produits (tabac, cannabis, alcool...).  

Les dépendants affectifs, associeront souvent tabac et boulimie, cette dernière, par expérience, davantage chez les femmes. 

Les personnes boulimiques auront souvent une sensibilité/vulnérabilité affective...

Les joueurs en ligne (poker, jeux en réseau), même si bon nombre d'entre eux fument, peuvent, à l'instar des fumeurs, dans un premier temps (surtout quand ils sont relativement jeunes), n' être dépendants que de cet objet.  Mais, en fonction du temps passé, le risque étant fort de décrocher des études (scolaires, universitaires), de perdre son travail suite à des retards répétés le matin (jeu jusqu'à point d'heure), voire, d'avoir un(des) accident(s) dus à une baisse de vigilance (manque de sommeil/fatigue) et de mettre en danger des collègues de travail (chantiers, usines), de la même manière qu'avec des produits (alcool, cannabis, etc.), du coup, le flirt avec l'alcool et/ou d'autres produits, n'est jamais très loin.

Il y a donc beaucoup de combinaisons possibles, rendant accessoirement compte, le cas échéant, de la complexité et de l’importance d’une prise en charge sérieuse et personnalisée. 
 
Pour toutes ces autres addictions, un abord psychothérapique est fondamentalement la base de la prise en charge. Je peux, par ailleurs, être amené, selon, avec l' accord du patient, à travailler en réseau, avec d'autres collègues, des médecins, différents acteurs sociaux, la famille, etc. 

Enfin,  n'étant pas médecin, je ne prescris pas de traitement de substitution à l'héroïne (méthadone®, subutex®, skénan®).


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